Le FN : « ras-le-bol » ou adhésion ?

Elections-régionales-2015

Les résultats sont tombés hier, et pourtant ce matin on espérait que ce vague souvenir présent au réveil n’eut été qu’un écho des mauvais rêves de la nuit passée. On ouvre doucement les yeux et on reconnecte avec soi-même, puis avec le monde. Sur les réseaux sociaux, les médias, la même constatation désastreuse d’un Front National en tête des élections régionales. Que s’est-il passé ?

Théorie de la vague électorale

Pour expliquer cet événement, ma première réaction lors de la soirée électorale a été d’affirmer que les régionales furent plus nationales que locales. C’est le cas selon moi parce que les compétences des régions sont peu connues. Il n’y a qu’à regarder certaines promesses de campagne pour se rendre compte que les candidats se permettent de dire tout et n’importe quoi. Et donc que les citoyens ne les écoutent que d’une oreille.

Les électeurs se sont ainsi mobilisés sur des préoccupations nationales. Après les terribles événements que nous avons traversés, c’est enfoncer des portes ouvertes que de parler du besoin civique des Français de s’exprimer politiquement. Besoin d’expression politique qui a pris forme dans les urnes.

Si on s’attendait à une participation légèrement en hausse comparée à celles des années précédentes, l’acquisition massive de scrutins par le Front National aura été la « surprise » générale. Les guillemets sont nécessaires ici car on s’attendait totalement à une percée du Front National, on ne s’est cependant pas douté des proportions que cet engouement prendrait*. En communication politique, nous appelons ça une vague électorale. Qu’elles soient bleues, rouges, roses, ou vertes, les vagues électorales sont de ces mobilisations massives dans les urnes au profit d’un parti (ou mouvement) politique, et issues d’une adhésion forte – ou d’un refus tout aussi fort – à un projet.

regionales-2015-resultats-france

Typiquement, nous avons connu une vague électorale favorable à Jacques Chirac en 2002, celle-ci provoquée par le refus massif du projet de son adversaire par les électeurs au second tour. Mais cette fois-ci, la vague « Bleue Marine » fait froid dans le dos : étant donné qu’elle ne peut être issue d’un refus de tous les projets de tous les autres candidats dans toutes les régions… ceci veut dire que les électeurs du Front National adhèrent au projet de Marine Le Pen. Il nous faut donc comprendre comment cela est possible ?

FN, seul parti à proposer une vision du monde

La première question devient habituelle : l’agenda médiatique de ces derniers mois aurait-il profité au Front National ? Ce parti a-t-il été totalement porté par le contexte sécuritaire lié aux attentats et à la crise des migrants ? Ce sont en tout cas ici les thèmes traditionnels du parti (immigration, sécurité) qui ont pris toute la place dans le traitement médiatique des événements de ces derniers jours. Ainsi, ces questions ont été au centre des préoccupations politiques des Français pendant plusieurs mois avant les élections.

Lorsque l’on entend nos proches nous poser des questions comme « Comment est-il possible que des attentats aient à nouveau frappé Paris ? », on peut déjà tenter une ébauche d’explication de la montée du Front National. Les Français ne comprennent pas l’action politique de leurs élus, cette dernière ne leur est pas lisible. En effet, poser cette question revient pratiquement à demander « Mais que font nos politiques ? »

A cette incompréhension s’ajoute le souvenir d’une gestion désastreuse de la crise des migrants par le gouvernement et son parti, qui ont mis tellement de temps à réagir qu’on ne les attendait plus. Le projet humanitaire socialiste s’est dissout dans une gestion administrative du pays, conduite par des courbes et des statistiques. Le projet humain et idéologique s’est noyé dans des ratios et des coefficients.

Face à ces administrateurs du politique, le FN propose une vision du monde claire sur les sujets de l’immigration et de la sécurité. Là où nos politiques ont séparé idéologie et action politique, le Front National offre une lecture des événements limpide et cohérente avec ce que perçoivent les Français et avec leurs valeurs historiques. Qui plus est, le parti de Marine Le Pen propose des solutions politiques simples et compréhensibles, cohérentes et unificatrices. Populistes certes, mais efficaces dans le discours. C’est ce qui crée l’adhésion des électeurs à ce parti.

Notre vision du monde sera glissée dans une urne

Quoique l’on pense de la politique, quelque soit notre niveau de conviction quant à l’efficacité de nos dirigeants, c’est toujours le discours politique qui modèle nos représentations du monde. Si des mots sont mis sur la réalité qu’est la notre, si les citoyens comprennent ce qui se passe, ils vont adhérer à ces représentations. Et même si la vision du monde proposée par nos dirigeant est aberrante, nous sommes susceptibles d’y adhérer quand même, parce que nous voulons savoir où nous allons. On retrouve la même règle en communication de crise : c’est celui qui donne l’explication la plus plausible qui a raison. Ce n’est pas celui qui donne la vérité.

Un représentant politique peut tout à fait asséner quelque chose de faux – et les gens s’y joindre – à condition que son discours soit cohérent. Ainsi il offrira une représentation sociale à laquelle adhérer, une mise en ordre du monde par le discours. Marine Le Pen est la seule à offrir une représentation du monde cohérente, qui a un retentissement dans toutes les régions de la France. L’absence de discours de représentation chez les autres partis explique l’absence de vague électorale Républicains, PS, Front de Gauche ou Verte.

Les résultats de ce matin sont donc bel et bien une adhésion au projet du Front National, et non un « ras-le-bol ». C’est selon moi une adhésion un peu par défaut, au seul projet de société proposé qui a créé la vague « Bleue Marine » dont on n’a pas fini d’entendre parler. Les autres candidats des partis de gouvernement ont fait campagne sur des modalités de gestion administrative des régions. Et les individus ne font pas société de cette façon ; ce n’est pas la gestion administrative qui crée le lien social. C’est le projet de vivre ensemble. Si nos dirigeants n’élaborent pas de discours sur le monde, de projets idéologiques pour « vivre-ensemble », ce sera au profit de leurs intarissables arguments de gestion que nous appelons à l’occasion « langue de bois ». Et dans ce cas, il sera à craindre du prochain scrutin.


* Au passage, après les départementales et les européennes il serait temps que nos politiques acceptent de comprendre le tournant idéologique que prend notre société. J’ai moi-même beaucoup critiqué les sondages à des fins rhétoriques, mais il faut savoir le dire quand on se trompe. Et le montrer lorsqu’ils ont raison.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s