Ancrer le risque dans le quotidien

Réagir en cas d'attaque terroriste

Le SIG est le Service d’Information du Gouvernement. Dirigé par le premier Ministre, ce service a entre autres pour missions de piloter la communication gouvernementale.

A la suite des attentats du 13 novembre et sous volonté gouvernementale, le SIG a donc lancé une campagne de communication pour informer les citoyens des précautions à prendre et des comportements à adopter en cas d’attaque terroriste. Ces comportements sont résumés en trois actions principales : « s’échapper, se cacher, alerter ».

Le message de cette campagne est très synthétique et vraiment simple. Les termes choisis et les illustrations utilisées l’ont été dans le souci d’éviter toute réaction anxiogène. L’objectif est de faire prendre conscience du risque terroriste, mais aucunement d’illustrer la menace. Les images évitent toute suggestion qui pourrait provoquer de la peur. Le danger y est ainsi représenté sous la forme d’un signal, similaire à ceux qu’on trouve dans le code de la route : un point d’exclamation sur fond blanc dans un triangle rouge.

Cette campagne ressemble à s’y méprendre aux dessins présents dans les avions où nous est expliquée, image après image, la marche à suivre en cas d’urgence. Dans ces supports de communication, les situations de crash sont présentées dans une ambiance aussi sereine que celles du décollage et de l’atterrissage. On y illustre donc le risque du crash comme quelque chose d’aussi habituel qu’un décollage, quelque chose avec lequel il faut savoir vivre et surtout face auquel il faut savoir réagir.

images-securité-avions

Cet ancrage du risque dans nos vies, c’est l’objet d’un livre que j’ai récemment lu : La société du risque, d’Ulrich Beck. J’en recommande vivement la lecture, mais vous présenterai rapidement la théorie générale ici. Et surtout je vais démontrer comment cette campagne de communication du SIG est en fait une prise en charge politique du risque terroriste propre à la société du risque.

Communiquer dans la société du risque

La société du risque est décrite par Ulrich Beck comme une société qui considère tous ses problèmes comme des risques, et qui à terme fait du risque le principe de ses valeurs. Le chômage, la maladie, la retraite sont traités par la société post-industrielle comme des risques à anticiper. De même les risques industriels, les catastrophes écologiques, les risques sanitaires ou alimentaires, etc. sont des risques de la société moderne qui, cumulés, ont changé notre rapport au monde. Aujourd’hui, les Etats tentent de gérer ces risques en basant leurs politiques sur le « principe de précaution ». C’est tout l’objet de la campagne que nous analysons ici.

Le but des schémas élaborés par le SIG n’est pas de nous apprendre à fuir lorsque nous entendons des coups de feu. Ils ont en réalité été créés pour nous rappeler la réalité qui est désormais la nôtre. Il s’agit plus de nous apprendre à vivre avec le risque que de nous apprendre à le gérer. En effet, nous préparer à l’éventualité d’une attaque terroriste c’est faire exister le risque terroriste. Et le faire exister, c’est en quelque sorte une façon de le prendre en charge : un homme averti en vaut deux !

plaquette-avion-fight-club

Pour le dire autrement, cette action de communication institutionnalise le risque terroriste. De la même façon que pour les plaquettes que l’on trouve dans les avions, où le crash est présenté aux côté de situations plus banales, l’ambition de cette information est d’être diffusée dans les lieux communs (préfectures, mairies, grands magasins, universités, stades, musées…), ceux de la vie de tous les jours. Ainsi en communiquant sur le risque, on le fait exister, et on montre qu’on le prend en charge. En le diffusant dans les lieux du quotidien, on lui fait une place dans ce quotidien.

Bien sûr le risque terroriste existe indépendamment de cette campagne. La menace Daech et les attentats font de toutes façons planer ce risque sans qu’il soit besoin d’une communication du Gouvernement pour le faire exister. Mais cette campagne d’information et de sensibilisation – et on pourrait même dire, d’acceptation du risque – institutionnalise ce risque. Elle le banalise pour ainsi dire, l’ancre toujours plus dans le quotidien. Cette plaquette n’est d’ailleurs qu’un début. D’autres supports seront élaborés par le SIG et diffusés pour constituer ce que le Gouvernement veut appeler la « culture de la sécurité ». Pour notre part, nous aurions plus tendance à catégoriser cela dans la « société du risque ».

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