Tous ses voeux de Président

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François Hollande a entamé, comme tous les ans, sa tournée des vœux pour la nouvelle année. Cette vieille tradition est un moyen de terminer en beauté la période généreuse et solidaire des fêtes de fin d’année, et une opportunité pour chacun de réaffirmer sa volonté d’action pour l’année à venir : arrêter de fumer, faire du sport, inverser la courbe du chômage…

Seulement, si certains font un usage modéré des vœux, d’autres pourraient avoir en tête d’allier discours de bonne fortune et gravité de la situation. Parce que cette année 2015 a été marquée par des épisodes terrifiants qui ont rallié le pays tout entier. Parce que cet esprit de rassemblement profitera nécessairement à celui qui en prendra la tête. Et parce qu’être un “père protecteur”, c’est une aubaine pour un Président de la République.

Des rites commémoratifs

Le ton a été donné le 31 décembre au soir, avec les vœux du Président adressés à la Nation : le Président y a rappelé l’état d’urgence en usant d’un « discours de vérité » comme l’affirme l’Elysée. Ce qu’il faut comprendre par là, c’est qu’au lieu de nous souhaiter le meilleur, François Hollande a pris le parti de nous rappeler le pire. Encore et encore.

Ces piqûres de rappel prendront place dans la fameuse “tournée des vœux” que le chef de l’Etat adresse traditionnellement aux corps intermédiaires de la Nation. Par exemple cette année, entre les voeux adressés aux forces de la sécurité publiques et ceux prononcés envers les forces de l’engagement seront glissés respectivement le dévoilement d’une plaque commémorative et un hommage aux victime des attentats.

Ces commémorations et hommages se ressembleront tous inlassablement. Les discours prononcés évoqueront la menace et l’état d’urgence ; ils rappelleront la souffrance qui fut la notre en janvier et novembre, et qui doit à tout prix être évitée. Des plaques commémoratives seront inaugurées et le Président prendra une minute pour exprimer, face à elles, un silence vibrant qui traduira toute son émotion, et celle de tous les français.

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Ces événements se suivront et se ressembleront car ils sont des rituels. Cela signifie que leurs procédures devront être exécutées avec précision pour permettre d’offrir du sens à ces cérémonies. Le sens à offrir est ici l’association d’un événement et d’un lieu, afin d’allouer un souvenir à cet endroit, d’instituer un emplacement où se recueillir. Les rites de commémoration nous permettent aussi d’enterrer nos morts et de les porter en symboles, de leur offrir une place dans notre mémoire collective.

Ce dispositif social réaffirmera nécessairement la stature de l’homme ou la femme qui portera cet acte. En effet les rites sont des événements sociaux très codés et n’importe qui ne peut pas inaugurer une plaque commémorative dans la rue. Ainsi le Président de la République, en portant une action réservée aux Présidents, réaffirme son image de chef de l’Etat. Etant donné qu’il s’agit ici de représenter la France en deuil, François Hollande s’affirme même, pendant ces commémorations, en tant que “père” d’une Nation endeuillée*. Seulement l’inconvénient du deuil est qu’un jour il prend fin ; notre chef de l’exécutif a ainsi tout intérêt à multiplier ce type d’événements s’il veut marteler cette image et en bénéficier continuellement.

Mélanger rites et traditions

Certains manuels de savoir-vivre datés du 20ème siècle sont les derniers témoins de cette coutume française ancestrale aujourd’hui nommée la “tournée des vœux”. Il est préconisé dans ces manuels de rendre visite à son entourage proche pendant la quinzaine de jours qui suit la Saint Sylvestre. Il était donc de bon ton pendant cette période de rendre visite à ses collègues de travail, à son patron, mais aussi à des malades ou des nécessiteux afin d’échanger avec ceux-ci des étrennes et la promesse d’une année meilleure.

C’est là qu’opère selon moi toute la magie de l’anthropologie. Lorsque l’on maîtrise son environnement social, on peut mélanger des rites avec des traditions afin d’envoyer des messages très spécifiques, et de façon bien plus intense qu’en utilisant des mots.

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Ici, insérer les commémorations dans une tournée des vœux, c’est envoyer un message très précis aux français : c’est affirmer que les heures graves ne sont pas derrières nous, que la réalité qui est la nôtre est aujourd’hui celle d’un pays en guerre. Que notre quotidien sera jalonné de tels épisodes et que nous devons être prêts. Mais en s’affirmant comme père de cette nation endeuillée et apeurée, François Hollande se place aussi en homme de la situation. Comme il le précisait dans ses voeux aux Français.

« Mon premier devoir, c’est de vous protéger »

François Hollande, le 31 décembre 2015

En insérant quelques rites au sein d’une tradition, notre Président est parvenu à enfiler son costume présidentiel et à maîtriser sa communication. Il semble que les épisodes pathétiques du début de son mandat sont derrière lui et que les discours et événements organisés seront de plus en plus maîtrisés. Je déplore juste le fait qu’il lui ait fallu deux attentats pour y arriver, mais je ne voudrais pas gâcher l’événement.


* Nous sommes alors en total contraste avec son image de début de mandat qui lui a valu le surnom de “Flamby” et la réputation de boute-en-train. Il réussit à s’en débarrasser en “exploitant” cette image de rassembleur, d’homme de la situation pendant les heures tragiques.

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