Ce que le silence nous dit : mutisme & renouveau

silence-politiqueVoilà bien longtemps que je n’ai pas écrit un article. Ce silence n’a pas été volontaire mais subi. Il est la résultante d’une soudaine lourde charge de travail. Cependant, ce silence peut être dû à une suractivité et toutefois me faire passer auprès des lecteurs de ce blog pour un rédacteur incapable de s’activer, de s’organiser, ou pire : ayant abandonné.

Ainsi s’il est un seul axiome toujours vrai de Watzlawick, c’est le suivant : « On ne peut pas ne pas communiquer ». Le silence lui-même parle énormément. Et en politique peut-être plus qu’ailleurs parfois, tant la légitimité à prendre la parole confère même le devoir de s’exprimer. Passage en revue des différentes formes de silences politiques dans une série de deux articles, pour comprendre “ce que le silence nous dit”.

Le silence et l’Exode

Le silence monastique est une pratique spirituelle qui est mise en œuvre par presque toutes les formes de religions. Le principe est simple : un moine fait vœu de se taire pour méditer afin d’atteindre de hauts niveaux de spiritualité, d’approcher le divin. L’homme qui a tenu son vœu de silence jusqu’au bout en revient plus grand, plus sage. Cette symbolique peut être extrêmement utile en communication politique et on voit comme elle est beaucoup utilisée aujourd’hui. Mais le silence a pour vertu de mobiliser une autre symbolique : celle de l’Exode.

L’Exode, c’est la fuite d’Egypte puis la traversée du désert et de la Mer Rouge par les Hébreux sous la conduite de Moïse. Cet événement fondateur du judaïsme est encore célébré aujourd’hui avec la fête de Pessa’h, ou Pâques. La fête de Pâques c’est ainsi l’inauguration d’une ère nouvelle dans laquelle la lumière a triomphé des ténèbres, et la liberté de la servitude. La sortie d’Egypte par ce peuple et l’Exode qui en a suivi est donc le symbole d’une mutation profonde, celle du peuple hébreux qui deviendra le peuple juif.

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Pour résumer, le silence évoque l’accès à la sagesse et l’Exode symbolise la mutation profonde de l’être. Ainsi lorsqu’un politique cherche à se forger une image médiatique nouvelle, le silence est une option absolument envisageable. La fuite des médias peut être comprise comme un vœu de silence ; le bannissement du paysage audiovisuel comme un Exode, une traversée du désert politique et médiatique.

C’est en mobilisant cette symbolique que Nicolas Sarkozy, lors de son “Grand” retour, a pu tenir le discours qu’il continue aujourd’hui d’asséner : « J’ai changé ». Son silence a symboliquement permis un retour sur soi, qu’il a mis en mots dans un livre. Son exode passé lui permet de dire qu’il a changé. D’ailleurs, il agit différemment : on le trouve aujourd’hui plus calme, plus reposé dans ses mots et sa gestuelle. En un mot, plus “sage”.

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Savoir partir, savoir revenir

Si cette symbolique est très efficace pour revenir sur le devant de la scène après avoir tiré sa révérence, on voit bien avec l’exemple d’Alain Juppé qu’elle requiert de la patience. En effet, un retour trop précoce sur le devant de la scène peut faire échouer la symbolique de l’introspection : on ne change pas en 18 mois… si ?

A mon sens, c’est pourquoi le pari de Jean-François Copé était risqué, tant il essayait trop rapidement de revenir sur le devant de la scène : la symbolique du “changement” aurait pu ne pas prendre. Pour moi, le pardon aurait pu ne pas être prononcé par la société civile alors même que les affaires pour lesquelles il s’était retiré étaient toujours instruites devant les juges ! Le silence est une période de communication qu’il faut savoir gérer avec précision.

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Il est un politique qui reste connu pour sa gestion très précise du silence, c’est François Mitterrand. Entouré de ses conseillers Pilhan et Colé, François Mitterrand souffrait trois ans après son élection de 1981 d’une forte perte de popularité. Le célèbre duo de communicants a donc préconisé à Mitterrand d’utiliser le silence pour redevenir maître de son image, et ce sous une forme très spécifique : celle de la rareté.

Jacques Pilhan, dans L’écriture médiatique, se défendait d’avoir utilisé le silence en tant que tel : « Je ne suis pas un théoricien du silence, disait-il, je pratique des ruptures de rythme – le silence qui prépare à de très fortes intensités d’intervention dont le relief confère le statut de leader médiatique. » En résumé, Jacques Pilhan et Gérard Colé maîtrisaient tous deux les apparitions de leur Président afin que chacune d’elle soit bénéfique à son image, et raconte quelque chose. Et le reste n’était que courts silences.

En conclusion, on peut dire que savoir se taire n’est pas utile si l’on ignore à quel moment c’est à notre tour de parler… et ce qui doit être dit une fois notre tour venu. Cette transition est toute trouvée pour vous parler du prochain article qui traitera du silence béat et sidéré, et de la nécessité de prendre la parole ne serait-ce que pour symboliser l’action.

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