Ce que le silence nous dit : parler et agir

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S’il est un seul axiome toujours vrai de Watzlawick, c’est le suivant : « On ne peut pas ne pas communiquer ». Le silence lui-même nous dit énormément. En politique peut-être même plus qu’ailleurs parfois : la légitimité à prendre la parole confère le devoir de s’exprimer dès lors que l’on est le seul qualifié pour le faire. Passage en revue des différentes formes de silence politique dans une série de deux articles, pour comprendre « ce que le silence nous dit ».

Le silence est parfois une stratégie de retrait du paysage médiatique, nous l’avons bien compris avec les exemples d’Alain Juppé, de Nicolas Sarkozy, de Jean-François Copé… Seulement, il arrive parfois que le silence ne soit pas choisi, mais subi. Il se dote alors de différents épithètes, en fonction des contextes. Il peut être complice, voire coupable… il peut être compris comme un passage sous silence. Mais dans tous les cas, le silence est entendu.

Ne pas laisser la place à d’autres

Début 2016 en Allemagne, le silence faisait loi. Les femmes, d’une seule voix, s’étaient indignées des agressions qu’elles avaient subies à Cologne, lors de la célébration du nouvel an ; et avant tout, elles s’étaient indignées du silence politique qui fut celui du gouvernement allemand. Rapidement, c’est l’Europe qui est restée sans voix. Nous étions alors tous suspendus aux lèvres immobiles de la Chancelière.

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De son côté, Angela Merkel refusait de s’exprimer. Quelques mois auparavant elle souhaitait la bienvenue aux migrants syriens et irakiens, et voilà qu’ensuite elle se retrouva face à un scandale européen. Peut-être marchait-elle sur des œufs et attendait-elle les résultats de l’enquête en cours pour bénéficier de plus d’éléments ; peut-être était-elle paralysée par la réalité à laquelle elle faisait face dans un contexte de montée des nationalismes. En réalité je pense que ces deux choses à la fois expliquent son silence.

Seulement, le silence laissera toujours place à l’interprétation. Silence coupable ? Silence complice ? Passage sous silence ? Parce que les gouvernants sont gens du secret, ces questions apparaissent rapidement dans l’opinion publique. Et de leur côté, les gouvernés savent que des choses leur sont cachées, mais ignorent lesquelles et combien. C’est sur ce terreau que prennent racines les thèses complotistes.

Les interprétations complotistes du silence nourriront toujours les craintes les plus basses, et souvent les stéréotypes les plus vils. Ces discours populistes donnent forme à une critique radicale d’un système prétendument “corrompu”, et sont donc une des armes des mouvements extrémistes.* Le silence ne doit pas être une stratégie pour éviter la montée des nationalismes, car elle est en réalité une passerelle pour ceux-ci, qui s’en servent pour donner écho à leurs thèses.

Symboliser l’action

Cette même logique s’est installée dans le silence de François Hollande face à la crise des migrants. Ce dernier, paralysé devant la montée du Front National, a refusé d’assumer à haute voix la part française des migrants européens. Il a décidé de taire ses valeurs humanistes et socialistes, et donc en quelques sortes, de leur tourner le dos, les renier.

La conséquence à cela a été la prise de parole par les extrêmes. Ce sont les mouvements nationalistes qui ont eu la primeur de “dé-voiler” l’arrivée des migrants en France, tue par le gouvernement. C’est ainsi que l’on s’est retrouvés avec la une controversée du magazine municipal de Béziers :

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L’opinion publique a besoin de réactions éclairées, de voir que ses représentants s’investissent de la chose publique vers laquelle leur attention est portée. Il est important pour un politique de prendre la parole ou bien de se rendre sur place lorsque “quelque chose” s’est passé. En d’autres termes il est important qu’ils se “chargent du dossier”. Même si l’action de nos dirigeants est plus efficace dans leurs bureaux respectifs, c’est sur le terrain qu’elle est le mieux représentée. C’est dans le discours qu’elle est le mieux expliquée.

En conclusion, c’est lorsqu’ils sont en représentation – et non en observant le silence – que nos gouvernants dirigent le mieux notre société, qu’ils lui offrent un cap et une vision sur le monde. Cela fait partie des bienfaits de la communication politique et doit être compris et mis en œuvre tant par les institutions que par les personnalités à leur tête. Sans quoi, ce sont d’autres, plus éloquents, qui prennent la parole.

* Voir à ce propos l’ouvrage de Jérôme Jamin : L’imaginaire du complot: discours d’extrême droite en France et aux Etats-Unis

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