Les populismes ordinaires

populisme

Populiste”, c’est ce nouvel attribut assigné aux tribuns qui semble presque servir d’invective à l’encontre de ceux qui ont du succès en politique : Jean-Marie Le Pen ? Populiste, ça ne fait aucun doute. Marine Le Pen ? Oui, elle est populiste, et même plus que son père ! Jean-Luc Mélenchon a lui aussi, semble-t-il, tenu des discours populistes. François Hollande ?

Le populisme est devenu la critique simple adressée à tout politique rassemblant dans son discours xénophobie et/ou ressentiment à l’égard des élites, dénonciation du déclassement social et promesse de baisse des impôts. Seulement, si les discours populistes contiennent tout ou partie de ces éléments, que penser de Nicolas Sarkozy, George W. Bush ou encore Tony Blair ? Un populiste serait-il juste un politicien qui réussit mais que l’on n’apprécie pas ?

L’imaginaire politique du populiste

Pour comprendre le populisme, il faut en réalité se plonger dans l’imaginaire politique du populiste. Ce dernier conçoit le monde de façon très simpliste : un monde divisé entre un Peuple qui serait unique et unifié, et opposé à des petites minorités exclues de ce Peuple, qui le menacent. Lorsque ces minorités sont les élites, cela crée la critique d’un système gouverné par une caste dirigeante qui s’échange les postes de pouvoir. Lorsque ces minorités sont les immigrés, cela laisse place à un discours xénophobe dans lequel les étrangers traumatisent et abîment la société.

Cette perception du monde extrêmement réductrice pousse les mouvements populistes à dénoncer jusqu’à une “coalition malsaine” entre les différentes minorités qui menacent de toutes parts la société. Dans un discours simplificateur des réalités sociales et des tensions qui les traversent ils affirmeront, au moyen de rumeurs, que Najat Vallaud Belkacem s’appelle en réalité Claudine, ou que le certificat de naissance de Barack Obama est en fait un faux. Cette connivence ainsi dénoncée relève de la théorie du complot, et cela fait sens : c’est le seul type de discours qui soit extrêmement simplificateur de la réalité sociale mais qui a tout de même la force suffisante pour susciter une polémique et s’inscrire dans les esprits.

Birth-certificate

Le populiste mobilise ainsi des armes rhétoriques malhonnêtes mais puissantes qui lui permettent d’inscrire ses propres inquiétudes dans les consciences collectives, et même jusque dans le débat public. Seulement, face aux protagonistes de ce débat, le populiste s’estime être le seul légitime à représenter le Peuple. En effet, rappelons-nous qu’un populiste se présente comme luttant face à des ennemis coalisés (les immigrés et les élites ; les médias et les juifs… etc.). L’homme ou la femme politique populiste s’estime ainsi être la seule personnalité réellement issue du Peuple, et qui peut le mieux le représenter.

Le corollaire de cette conception du terrain politique est que la vérité édictée par leur mouvement est la seule recevable selon les populistes. C’est en ceci que leurs prises de positions sont excluantes, et leurs prises de parole très vives, très radicales, sans concession.

Le populisme ordinaire, du quotidien

On l’aura compris, sur la base de sa conception du Peuple la théorie populiste nie totalement la multiplicité des identités que l’on rencontre dans nos sociétés contemporaines. C’est d’ailleurs probablement ce qui fait sa particularité et le succès des populistes aujourd’hui : la diversité de nos sociétés étant trop difficile à comprendre et à appréhender, elle divise car elle n’est pas expliquée par les politiques. Il en résulte une peur des changements qui surviennent, peur qui se mue en volonté d’exclusion dès lors qu’elle est recyclée par certains politiciens.

Mais qu’est-ce qui permet réellement à ces discours d’obtenir le soutien des citoyens et de susciter un “patriotisme épidermique”, c’est-à-dire une pseudo-fierté nationale qui survient en réaction aux changements que subissent la société ? En réalité, comme souvent, le mal se développe grâce à l’inaction des gens de bien. Figés par la montée des populismes, les gouvernements n’ont par exemple pas daigné se prononcer sur la crise des migrants, silence qui a directement profité aux populismes de toute l’Europe. Ce type d’inaction ne permet pas à la société de se remobiliser autour de valeurs communes, sinon celles édictées par les mouvements qui prennent la parole…

Parce qu’ils prennent la parole, les populistes sont écoutés. Parce qu’ils présentent une vision du monde, ils sont suivis. Parce qu’ils sont suivis, ils sont imités. C’est ainsi que le populisme, discours simplificateur et excluant, se répand et s’invite dans les discours des mouvements politiques dits “de gouvernement”… et apparaissent même dans la bouche de personnes qui ont déjà gouverné.

ramayade

L’exemple est ici flagrant avec Rama Yade, ancienne secrétaire d’Etat qui nourrit sa campagne pour les présidentielles d’un slogan populiste. “Ils, sous-entendu “les élites”, sont en trois lignes opposés au “Peuple français”. C’est tout simplement de cette façon que se répand ce que j’appelle le populisme ordinaire.

Les personnalités politiques de gouvernement organisent campagnes et meeting pour dénoncer un système auquel ils appartiennent, et ce afin de grappiller quelques voix découragées et désabusées. Et les exemples se multiplient jusqu’à François Hollande, aujourd’hui Président de la République, qui dénonçait il y a cinq ans la “finance” comme ennemie du Peuple.

Cette imitation a pour effet direct de rabaisser le débat, de desservir les politiques et, plus grave, de faire inexorablement monter les mouvements populistes. Car, comme pour le Big Mac qui est toujours imité mais jamais égalé, les citoyens préfèreront toujours se tourner vers l’original plutôt que vers la copie.

Les populistes sont aujourd’hui aux portes du pouvoir. L’application de leurs programmes politiques serait dévastatrice pour notre pays et il serait dangeureux de permettre à de tels mouvements de gouverner un Etat. Pourtant, nos femmes et nos hommes politiques relaient les logiques populistes dans le débat public par manque de lucidité et par volonté de mobiliser des électeurs défiants. Il est primordial qu’une prise de conscience ait lieu et que le populisme ordinaire n’ait plus place dans le débat public. Sans quoi c’est le principe du débat lui-même qui se trouvera mis en danger.

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